La contestation contre l’IA générative monte, des campus américains aux scientifiques français. Pour Jérôme Coutou, fondateur de Digital Mate, cette fronde traduit moins une panique collective qu’une peur de classe : celle d’un déclassement du management, app…
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Toutes les grandes ruptures technologiques ont suscité des résistances. Les canuts lyonnais s’étaient insurgés contre les métiers à tisser en 1831, comme les luddistes anglais (Voir « La révolte luddite » de Kirkpatrick Sale ; EDS L’échappée) au tout début du XIXe siècle. L’IA n’est pas la première révolution technologique de l’Histoire qui produit de l’anxiété et de la révolte…
Certes et nous pouvons bien sûr continuer comme hier avec l’ordinateur personnel, Internet, le smartphone et désormais l’intelligence artificielle, les technologies immersives et la robotique. Mais cette fois, c’est différent : la révolution s’attaque au cognitif. Or sa vitesse de propagation change tout. Et du coup la peur et la révolte affectent des cols blancs, des cadres dirigeants, des professions réglementées, une partie de l’élite économique qui se sent menacée et réclame un moratoire. L’IA ne remet pas seulement en cause des outils. Elle court-circuite des statuts. Ce n’est pas une panique de foule. C’est une panique de classe contre un déclassement. La réponse naturelle à cette peur pour certains, c’est le repli. Se barricader derrière ses titres, ses certifications, ses postures académiques. Exiger que la machine passe les mêmes examens que soi pour avoir le droit de pratiquer. Revendiquer une « valeur humaine irremplaçable » sans jamais préciser laquelle. C’est confondre la maîtrise du process avec la maîtrise du sujet. Notons que la révolte est hétérogène. Certains cols blancs embrassent cette nouvelle technologie, comme l’illustrent les nombreux lab innovation qui voient le jour dans les écoles les plus prestigieuses.
Demander un temps d’adaptation eu égard à la pénétration massive, invasive et ultrarapide de l’IA dans les métiers des cols blancs, c’est tout simplement humain non ?
C’est tout à fait compréhensible. Mais prétendre mettre le film de l’IA sur pause, ou en marche arrière, c’est totalement illusoire. Aucun moratoire technologique dans l’histoire n’a été un succès. C’est un combat perdu d’avance. Ceux qui choisiront cette voie connaîtront un déclassement brutal. Pas parce que l’IA est meilleure qu’eux sur tout. Parce que pendant qu’ils dépenseront leur énergie à freiner, d’autres avanceront. Et l’écart deviendra irréversible. Pour moi, 2026 sera l’année Covid de l’IA. L’année de son explosion et de sa dissémination quasi virale dans les professions tertiaires. Beaucoup de cadres vont découvrir qu’ils font en dix minutes ce qui leur prenait trois jours. Il y a trois ans, quand des doigts incongrus polluaient les images générées, on raillait la technologie. On riait des fautes d’orthographe dans les comptes rendus rédigés par IA. Aujourd’hui, on ne rit plus. On reste bouche bée, parfois tétanisé, devant la maturité de ces applications. Les arguments d’hier ont changé de nature. Les objections sont passées de ridicule à dangereux. C’est un indicateur majeur.
Un exemple ?
Il y en a des dizaines. Le dernier en date, on me l’a rapporté il y a quarante-huit heures. Le dirigeant d’une belle PME me raconte. Chaque année, son responsable qualité met une semaine à boucler son diagnostic général. Cette fois, il a voulu tester Claude. Juste pour voir. Il a vu. L’appli a plié le rapport en 22 minutes et 17 secondes, montre en main. Sidéré, il est revenu le samedi, puis le dimanche, vérifier les résultats une donnée après l’autre. Tout était correct. Le lundi, lui qui n’avait jamais posé un arrêt en quinze ans de boîte, s’est mis en arrêt-maladie jusqu’au jeudi. Le vendredi, il est allé voir son patron. Il a expliqué la situation puis a fondu en larmes. Comme après une humiliation intime. Faut-il lui confier une autre mission ? Oui. Mais laquelle ? L’IA fera-t-elle les nouvelles missions de la même manière ? Ce cadre supérieur vient de se vivre comme un homme redondant, cette figure de l’individu qu’un système n’a plus besoin de mobiliser pour fonctionner, que je décris dans En toute humanité. C’est une erreur de perspective. La machine a produit le rapport. Elle n’a pas décidé ce qu’il fallait en faire, ni repéré ce qui aurait pu clocher, ni engagé une signature et une responsabilité. Lui, oui. Sa valeur ne disparaît pas. Elle se déplace. Du faire vers le juger et assumer les résultats. Encore faut-il que l’entreprise organise ce déplacement, au lieu de laisser l’homme seul face à sa sidération. C’est exactement mon travail : non pas installer l’outil, mais préparer les têtes à changer de métier sans se vivre comme déclassées. Je ne dis pas pour autant que ce sera facile.

Un récent sondage Odoxa pour Saegus, BFM Business et Stratégies illustre bien votre propos : « 61 % des cadres et 71 % de pros de la Tech craignent d’être remplacés, au moins en partie, par l’IA »… Et quand Laurent Alexandre, HEC, énarque et chirurgien, laisse entendre à chacune de ses prises de parole que les diagnostics de l’IA dépassent déjà les siens, et qu’il vaudrait mieux qu’elle remplace les praticiens dans des spécialités comme la radiologie, comment voulez-vous que la peur ne devienne pas épidémique ?
Face à cette grande peur identitaire des cadres, j’observe qu’en France beaucoup d’entreprises préfèrent ne rien faire. Attendre et voir, ou laisser faire une purge silencieuse qui ne manquera pas de survenir. Cette posture d’apparence immobile, ça s’appelle en français administratif un « moratoire des embauches » et le « non-remplacement » de ceux qui partent à la retraite. Aux États-Unis, où l’emploi ne bénéficie pas de tels amortisseurs, on procède, regardez Meta ou Amazon, à des licenciements massifs. Et du coup, la peur devient épidémique et vire à l’anxiété collective, à la panique. Comment s’en étonner, quand des voix aussi écoutées annoncent à intervalles réguliers la fin de professions entières ?
Bien, mais en même temps, le même sondage Odoxa montre que « 63 % des cadres et 73 % des pros de la Tech se sentent à l’aise avec l’IA qu’ils utilisent souvent clandestinement à leur travail et bien sûr dans leur vie privée. Et 77 % des Français estiment que les salariés ne sont pas assez formés. Donc les salariés ne sont pas si autistes que ça ! Ils ne veulent pas casser les applis comme les canuts voulaient briser les machines à tisser… »
Le shadow AI, l’usage d’outils d’IA sans validation ni supervision de la DSI, est un phénomène massif. Et il pose des problèmes majeurs : utiliser une IA sur des données sensibles ou un fichier client, c’est exposer l’entreprise à une fuite et au non-respect de la RGPD ou de l’IA ACT. Mais c’est aussi le signe d’une prise de conscience qui avance dans une grande confusion. Selon le Microsoft Work Trend Index 2025, 70 % des salariés utilisent déjà l’IA générative en dehors de toute politique officielle. Dans le même temps, le rapport du MIT sur l’IA en entreprise (2 025) conclut que plus de huit pilotes d’IA générative sur dix n’atteignent jamais la production. Les salariés adoptent l’IA par le bas. Les directions la bloquent par le haut. Cet écart n’est pas un problème technique. C’est un problème d’acculturation. Tant que les dirigeants n’ont pas compris ce que l’outil change à leur métier, ils ne savent ni l’autoriser ni l’encadrer, avec par exemple une charte de l’IA coconstruite. C’est là que tout se joue. Et c’est là que j’interviens. La transformation IA, c’est 20 % technologie et 80 % transformation.
Question centrale : vous incitez les cadres à être protagoniste de la révolution IA en laissant entendre que les suppressions d’emploi peuvent être compensées à terme par de nouvelles compétences de gestion ou de supervision de l’IA. La logique de la destruction créatrice des emplois chère à Schumpeter lors des ruptures technologiques du passé n’est donc pas morte et enterrée par le grand remplacement cognitif aujourd’hui à l’œuvre ?
Justement, je ne crois pas que Schumpeter nous sauve cette fois. Sa destruction créatrice suppose un délai : le temps que les emplois détruits soient remplacés par d’autres, le temps que les hommes se reconvertissent. Ce délai, nous ne l’avons plus. Ce que je vois à l’œuvre, ce n’est pas une destruction créatrice. C’est une disruption destructrice : une vague qui détruit plus vite qu’aucune société ne sait recomposer, et dont rien ne garantit qu’elle créera autant qu’elle supprime. On se trompe d’ailleurs d’échelle quand on attend le remplacement de métiers entiers. Il n’en faut pas tant. Remplacez 10 à 20 % des tâches, à l’échelle de l’ensemble des emplois, et vous tenez déjà un tsunami social. Pas besoin que la machine fasse tout. Il suffit qu’elle grignote partout. De nouvelles compétences surgissent, c’est vrai, mais beaucoup exigent aujourd’hui un niveau polytechnique. Il faudra réinventer des métiers entiers de pilotage, de gestion et de contrôle de l’IA. Nous courons une course de vitesse en accumulant du retard. Retard que beaucoup d’entreprises avaient déjà avec une dette technique sur la transformation digitale non achevée. L’IA, pour une entreprise, c’est l’accélérateur d’une super-organisation. Ou d’un chaos. Difficile de trouver un entre-deux.
Les compétences nouvelles, ça ne se commande pas d’un clic. Ça passe par un socle commun : un enseignement de masse non ?
C’est ce qui manque à notre vieille Europe. L’IA aujourd’hui, c’est une Ferrari confiée à des collaborateurs sans permis, qui ignorent le Code de la route. Le risque de carnage est réel. Et la domination américaine n’est pas un hasard. En 2025, les États-Unis ont attiré 285 milliards de dollars d’investissement privé dans l’IA, vingt-trois fois plus que la Chine, quand l’Europe reste marginale (Stanford AI Index 2026). Ils hébergent dix fois plus de data centers que n’importe quel autre pays. La Chine, elle, a introduit tôt les rudiments de l’IA dans le cursus scolaire. Les États-Unis ont suivi. En France, quand Arthur Mensch, patron de Mistral, est venu donner un cours de rattrapage sur l’IA au Palais Bourbon, les bancs des députés étaient vides. Comme les programmes des principaux présidentiables, qui n’abordent presque jamais le sujet. Alors que nous sommes dans l’urgence.
Vous n’y allez pas de main morte sur les différents responsables de notre retard sur l’intelligence artificielle. Mais, les coups les plus durs, vous les réservez à la Big Tech qui, dites-vous, nous infantilise !
C’est exact. Les Big Tech ne se contentent pas de profiter de la révolution. Elles cherchent à la verrouiller. Investissements colossaux, contrôle des infrastructures, maîtrise de toute la chaîne, de la puce à l’utilisateur final. Prenez Musk. Avec Tesla, il capte les données du monde réel de millions de véhicules. Avec xAI et son supercalculateur Colossus, il les exploite et entraîne ses modèles. Avec SpaceX et Starlink, il déploie une infrastructure orbitale et transmet l’information partout sur la planète. Avec Neuralink, il vise à brancher l’humain directement à la machine. Ce ne sont pas des entreprises mises bout à bout. C’est un seul système intégré. Et au-delà, ce qui devrait nous inquiéter le plus, c’est leur projet : captation technologique et visées post-humanistes.
Et dans ce système, il y a peu de place pour le pluralisme. Peu de place pour les puissances publiques et l’intérêt général.
Les maîtres de la Silicon Valley sont des acteurs privés qui ne cherchent pas à faire des outils d’IA des instruments de création et d’émancipation. Ils veulent que nous devenions de plus en plus dépendants de leurs applis. Qu’en échange des facilités d’usage, nous abdiquions notre autonomie et notre responsabilité face à une technique qui prend tout en charge. Pour convaincre, leur discours emprunte un langage doucereux qui promet une prise en charge totale. C’est le serpent du Livre de la jungle : « Ne cherche pas à comprendre, ne te prends pas la tête, décharge-toi sur moi, je m’occupe de tout, je trouverai la solution. Tu n’as pas besoin d’apprendre une langue, pas besoin de lire. Profite. »
De proche en proche, nous serions réduits à des opérateurs presse-bouton…
Eh oui. Or ce qui fait notre humanité, c’est de garder la main sur l’IA. Pour l’utiliser, il faut d’abord savoir comment elle fonctionne, et prendre du recul sur ses résultats. Vous le savez : l’IA est très pertinente pour nous convaincre. Elle est d’ailleurs conçue pour cela avec des réponses qui reposent sur les probabilités, ce qui ne veut pas dire vrai. Demander la vérité à l’IA, c’est tout simplement ne pas comprendre l’outil. Il faut donc savoir poser les bonnes questions et avoir la capacité d’analyser les réponses et de les challenger. Car il y a une grande méprise sur l’IA, c’est que pour l’utiliser, il faut être intelligent. Manier l’outil au lieu de le subir suppose de la culture générale. J’appelle cela la responsivité : non pas la réactivité, cette réponse réflexe et aveugle au contexte, ni la simple proactivité, mais la capacité de répondre de façon juste et située, en jugeant. La responsivité demande du temps. Elle est exactement ce que la cadence de la machine pourrait nous faire perdre. L’avenir n’est donc pas à la paresse. Il est au travail. Il faut bosser pour garder les rênes. Apprendre et désapprendre en continu, parce que l’obsolescence des IA d’aujourd’hui est déjà programmée. Et pourtant, elles sont déjà aujourd’hui au-delà de la capacité du plus grand nombre à les utiliser.
Votre serpent IA version Kipling ressemble en fait pas mal au Serpent de la Bible. Un certain Satan. Un serpent tentateur et séducteur qui vous promet la lune…
C’est tout à fait ça. Je convoque même l’idée d’un pacte faustien dans le livre. L’IA est assimilée à un nouveau Dieu, qui concurrence les églises traditionnelles. On pourrait s’amuser de dire que c’est la seule religion qui exauce tout de suite les prières. Je l’appelle l’IAlisme. Ses temples sont les data centers, ses prêtres les ingénieurs, ses moines les serveurs et sa liturgie s’écrit en lignes de code. Observez la ferveur des conférences dédiées à l’IA, les Évangiles technologiques qui promettent de sauver la santé, l’éducation, la planète. Et si ça échoue, le mode d’emploi précise en petits caractères que la faute n’en revient pas à l’IA, mais aux données, qui n’étaient pas assez qualitatives ou aux demandes, pas assez précises.
Les désastres cognitifs ne sont donc pas à exclure malgré l’assurance de l’IA !
Vous connaissez sans doute le film Don’t Look Up. Une météorite menace de percuter la Terre, et au lieu de la dévier, le patron de l’entreprise technologique Bash Cellular plaide pour la fragmenter et en récupérer les métaux précieux. Inutile de s’appesantir sur l’apocalypse finale.
Vous pointez une autre ruse diabolique de Big Tech : la promotion et le financement d’un revenu universel généreux qui devrait permettre à tout un chacun de se former à l’IA…
La convergence avec les promesses de l’extrême gauche est fascinante. Sauf que là où on l’a expérimenté, le revenu universel a financé le loisir. Pas la formation. Dans l’esprit d’un Sam Altman, il s’agit surtout de désamorcer l’explosion sociale des laissés-pour-compte de l’IA, qu’il théorise et qui menace de faire des dégâts.
Vous pensez à une convergence des luttes entre les cols blancs et les cols bleus ? Tel que Steve Bannon, l’ex conseiller de Donald Trump et leader des MAGA, l’imagine : une « insurrection national populiste contre l’IA ». L’idée revendiquée par Bannon est de passer du slogan « America First » à « Humans First » en réunissant l’extrême droite souverainiste et les nationalistes chrétiens.
Je ne me reconnais absolument pas dans Steve Bannon, ni dans son projet. Cela posé, je ne nie pas le risque qu’un tel mouvement prospère, ce que nous avons déjà évoqué dans cet entretien. La plupart des responsables politiques restent muets sur les impacts sociaux de l’IA. Sortir de l’ambiguïté ne leur rapporterait que des coups : prôner l’interdiction les met en porte-à-faux avec les intérêts économiques, foncer dans le techno-solutionnisme exaspère les tensions sociales. Alors ils se taisent. Et ce silence laisse le champ libre à ceux qui veulent faire de la peur de l’IA une arme politique. C’est précisément ce que je refuse.
De votre côté vous plaidez pour un « aïkido technologique ». Mais encore ?
Utiliser la force de l’adversaire, les Big Tech américaines et chinoises, pour construire notre modèle. Concrètement, trois temps. D’abord, utiliser les outils des géants, mais activement, pas en consommateurs passifs. Ensuite, bâtir des écosystèmes capables d’innover à partir des briques fournies par d’autres. Enfin, se positionner sur les prochaines vagues, le quantique, les architectures neuromorphiques, les modèles spécialisés, pour ne pas revivre dans dix ans le décrochage d’aujourd’hui. Pour une PME, ça commence petit : choisir un usage à forte valeur, le maîtriser de bout en bout, en faire un savoir-faire maison plutôt qu’une dépendance louée au mois.

Je me trompe ou vous êtes pratiquement raccord avec le pape Léon XIV et son encyclique Magnifica Humanitas quand il écrit : « On ne peut permettre s’agissant de la gouvernance des données et des algorithmes, que seuls quelques acteurs orientent le processus. Il faut au contraire construire des formes de coopération qui respectent les différents niveaux de la communauté mondiale et les rendent co-responsables du bien commun… »
Je vois comme vous des similitudes. Mon livre En toute humanité est sorti de l’imprimerie juste avant Magnifica humanitas, en mai dernier. Léon XIV a signé cette encyclique 135 ans jour pour jour après Rerum Novarum, le texte par lequel Léon XIII fondait la doctrine sociale de l’Église face à la révolution industrielle (Vatican, mai 2026). Léon XIII pour l’usine, Léon XIV pour l’algorithme. C’est dire si l’IA est d’abord une question sociale, pas une question technique. Nos diagnostics se recoupent en effet. L’IA ne crée pas la dérive, elle l’amplifie. Le « je » qui décide s’efface derrière le « ça » qui recommande. L’encyclique réclame une politique « capable de ralentir ». Je crois pour ma part que notre génération devra prouver qu’elle est encore humaine. L’encyclique affirme que la dignité ne se mérite pas et n’a pas besoin d’être démontrée. Pour ma part, je m’inquiète de voir qu’elle sert d’alibi à l’inertie pour certains qui ne sont ni fragiles ni dans l’incapacité d’assumer leur responsabilité.
C’est ce que vous expliquez en substance dans une lettre à vos enfants. « La machine, leur écrivez-vous, sait tout faire. Sauf être quelqu’un. Vous avez un précepteur, l’IA, dans la poche. Le problème, c’est qu’il répond à toutes les questions. Même les mauvaises. Le précepteur ne fera pas le tri à votre place. Vous, oui. Vous serez aussi enseignants qu’élèves. Mais attention : plus la machine produit du standard, plus le non-standard prend de la valeur. Ce qui passait pour archaïque redevient précieux. Ne devenez pas ce qu’on attend de vous. Personne ne sait ce qu’on attend de vous. » Un dernier mot ?
Oui et il est encore à l’adresse des jeunes générations : « On entend beaucoup que vous seriez la génération sacrifiée. Le ressentiment est parfois un confort. Il dispense d’agir. Ne payez pas ce prix-là. Nous prétendons vous former avec les règles d’aujourd’hui, alors que c’est vous qui forgerez celles de demain. De toute manière, vous n’avez pas le choix. Vous devez construire votre avenir. Le pire serait d’attendre que ce monde nouveau vous attribue une place. Il n’attribuera rien. Il offre des opportunités. À vous de les saisir ».
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