Accueil > Intelligence artificielle : face à l’augmentation de la consommation énergétique, "il faudrait encadrer l’industrie du numérique", suggère Marlène De Bank, ingénieure

Intelligence artificielle : face à l’augmentation de la consommation énergétique, "il faudrait encadrer l’industrie du numérique", suggère Marlène De Bank, ingénieure

Marlène De Bank, ingénieure, membre de The Shift Project, était l’invitée du 11h/13 sur franceinfo ce mercredi 14 janvier.

Intelligence artificielle : face à l’augmentation de la consommation énergétique, "il faudrait encadrer l’industrie du numérique", suggère Marlène De Bank, ingénieure

Marlène De Bank, ingénieure, membre de The Shift Project, était l’invitée du 11h/13 sur franceinfo ce mercredi 14 janvier.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


France Télévisions : Avez-vous été étonnée, mardi 13 janvier, d'apprendre que les émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis repartent à la hausse pour deux raisons, le froid et l'intelligence artificielle ?

Marlène De Bank, ingénieure, membre de The Shift Project : Là-bas, l'électricité utilisée pour les data centers n'est pas bas carbone comme ce qu'on peut avoir en France. C'est très différent aux États-Unis parce que chaque État a son réseau électrique. L’énergie repose beaucoup sur du gaz. Et en ce moment, on assiste à une période où l'intelligence artificielle vient justifier la relance de nouvelles infrastructures gazières. On va relancer des usines qui fabriquaient des turbines à gaz ou des nouveaux pipelines gaziers pour l'utilisation de l'intelligence artificielle. C'est un problème aux États-Unis, c'est un problème aussi en Chine. Et pourquoi nous, Français, est-on concernés ? Les intelligences artificielles ne tournent pas dans notre smartphone ou dans notre ordinateur sur notre bureau. Pour une grande partie, elles sont délocalisées sur des centres de données dont beaucoup ne sont pas en France. Quelque part, on est aussi concerné par la problématique.

L'empreinte carbone des systèmes d'IA en 2025 oscillerait entre 32 millions et 79 millions de tonnes de CO2. Il y a un vrai manque de transparence sur ces données de la part des géants de la tech.

Oui, et c'est pour ça que ces chiffres, où on vient délimiter le périmètre d'un usage de l'IA, sont extrêmement difficiles à appréhender. Et c'est pour ça que nous, au Shift Project, on travaille sur les data centers et sur la filière data center, parce que c'est beaucoup plus facile pour nous de savoir où ils sont. Comme ils sont branchés à une prise, on sait combien ils consomment. C'est plus facile de donner l'empreinte carbone de la filière centre de données que d'essayer d'attribuer la part de l'IA dans tout ça.

Cette filière existe essentiellement depuis l'arrivée de ChatGPT en 2022. Dès 2023, on s'est posé la question de la consommation d'eau de ces systèmes d'intelligence artificielle. En fin d'année, l'IA engloutissait, déjà autant d'eau que toutes les bouteilles bues sur la planète.

Pour être honnête, ces chiffres, je m'en méfie un peu parce que c'est difficile de faire des bilans globaux. Si vous, spectateurs, vous habitez pas très loin d'un centre de données, c'est important de savoir quelle est la technologie de refroidissement utilisée dans ce centre de données. Certaines vont avoir un impact sur des prélèvements d'eau et d'autres ne vont pas en avoir. C'est important aussi que les acteurs de ces data centers et les acteurs de la région où vous habitez fassent des projections sur de potentiels stress hydriques dans les prochaines années à venir à cause du changement climatique pour être sûr que les infrastructures qu'on installe soient compatibles avec les scénarios climatiques qui nous attendent.

La consommation en énergie de l'intelligence artificielle, c'est trois choses. Il y a le refroidissement des data centers, la production d'électricité et puis la fabrication du matériel.

Exactement, ce sont les trois grands déterminants. Or, la consommation d'électricité est en forte hausse. Malgré un fort gain d'efficacité énergétique dans cette filière, il y a tellement une explosion de l'offre de puissance de calcul que ça vient compenser. On a une consommation d'électricité qui augmente de 13 % par an. La consommation d'électricité dans le monde est à 50 % d'origine fossile. Cela veut dire que ça a 10 à 20 fois plus d'impact climatique que quand c'est de l'électricité bas carbone.

C'est assez effrayant en termes de retour en arrière par rapport à tous les efforts qu'on essaie de faire. On pense évidemment à l'accord de Paris. C'était il y a 10 ans maintenant. Et là, vous nous dites que l'intelligence artificielle va de nouveau bousculer tous nos équilibres.

Complètement. Ce dont on a besoin, c'est des réactions, notamment au niveau européen, avoir des programmations énergétiques qui soient compatibles avec les objectifs climatiques. L'industrie du numérique a souvent échappé à avoir des objectifs de décarbonation. Il faudrait en donner pour encadrer les consommations. Il reste ce cadre à construire au niveau européen pour que ça se passe bien.


Ce texte correspond à la retranscription d'une partie de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.

Source originale : Franceinfo.fr — 14/01/2026 13:22

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.


Vous devez être connecté pour poster un commentaire.


Retour aux news